Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison?

          C'est parce que dans cet endroit comme partout ailleurs, on n'aime pas la liberté et qu'on s'entend magnifiquement à la contenir, la réduire, la contraindre ou la limiter au maximum. Le pouvoir d'aller et venir, de circuler librement, sans entrave, de se mouvoir sans avoir de comptes à rendre, celui d'user comme on le souhaite de son temps, de ses nuits et de ses jours, de décider de ses heures de lever et de coucher, celui de travailler ou de se reposer, de manger, de dormir, tout ce qui manifeste l'autonomie de l'individu (la possibilité de décider de son existence dans le moindre détail) gêne considérablement la société dans son ensemble. Voilà pourquoi elle a inventé un certain nombre d'institutions qui fonctionnent selon des techniques de quadrillage : quadrillage de votre espace, quadrillage de votre temps.

          La société n'aime pas la liberté car elle n'engendre pas l'ordre, la cohésion sociale, la communauté utile mais plutôt l'éclatement des activités, l'individualisation et l'atomisation sociale. La liberté fait peur, angoisse : elle inquiète l'individu, qui se retrouve face à lui-même, dans le doute, devant la possibilité de choisir, donc d'expérimenter le poids de la responsabilité ; mais elle gêne également la société qui préfère des personnages intégrés dans le projet prévu pour chacun plutôt qu'une multiplicité de pièces jouées par des petits groupes d'individus.

 

                                                                           Texte tiré de l'"antimanuel de philosophie" de Michel Onfray. (Editions Bréal)

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